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Histoire de Bulles – Jean-Blaise Djian

Histoire de Bulles - Jean-Blaise Djian

 

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Rascal, invité au Champ Exquis

29 mars 2011.

Rascal (DR)

Depuis de nombreuses années, Rascal publie des ouvrages sensibles et sensés pour le jeune public. Souvent en collaboration avec de nombreux artistes, parfois illustrés par ses soins, ses histoires mélangent humour et réalisme, servies par une écriture poétique, avec le souci du mot « juste ». En septembre 2010, il publie Je t’écris à L’École des loisirs, son principal éditeur. Suit en octobre 2010, Angie M. aux éditions de L’Édune. Il sera l’invité du festival Ribambelle, proposé par le Théâtre du Champ Exquis, en avril prochain.

Livre/Échange : Comment est né Je t’écris ? Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’utiliser la forme de la correspondance ? Est-ce que c’est une forme à laquelle vous êtes vous-même sensible ?
Rascal :
Oui mais par mail désormais ! Ce livre est né suite à une rencontre en classe il y a deux ans. À l’époque, allez savoir pourquoi, je dessinais des boîtes aux lettres. Le professeur avait souhaité mettre à profit ma présence pour écrire une histoire avec les enfants. C’était un peu court en temps… Alors j’ai proposé aux enfants que chacun écrive une lettre. L’un d’entre eux m’a demandé : « Est-ce qu’on peut écrire une lettre à une grand-mère qui est morte ou quelqu’un qu’on n’a pas connu ? ». J’ai répondu oui. Tout le monde s’est mis à l’ouvrage. Cinq ou six lettres étaient vraiment touchantes, dont une surtout que j’ai retenue. Sur le trajet du retour, je me suis dit que je tenais là mon idée de livre. C’est la lettre de la petite fille qui écrit à son père pour lui rappeler que c’est lui l’adulte et elle l’enfant.

L/É: La forme de la lettre vous permet d’évoquer différents thèmes : certains très légers, d’autres plus graves comme la maladie ou la garde alternée en cas de divorce…
R. :
Il me semblait qu’il fallait un mélange des deux. Personne n’est épargné en fait. Demain, je vais faire une rencontre (l’entretien a été réalisé en janvier. Ndlr) à Liège et une des institutrices a téléphoné pour me prévenir qu’une petite fille née avec une malformation au cœur était décédée la semaine passée. Peut-être qu’on en parlera pas, mais que peut-être que oui. Si c’étaient des lettres écrites pour dire « Bonjour. Comment tu vas ? etc. », cela n’aurait pas eu d’intérêt. Mon éditrice m’a dit : « Ce n’est pas vraiment des lettres pour enfants ». Je lui ai dit « Non, c’est plutôt de la littérature ! »

L/ É: Vous avez écrit : « J’aime les albums où la tendresse ne vous saute pas au visage dès le titre. » Qu’est-ce que vous entendez par là ?
R. :
Ce sont des livres pour les parents me semble-t-il. Par exemple, j’aime beaucoup Tomi Ungerer : et bien je préfère Pas de baiser pour maman* à « Gros bisou pour maman » ! Quand je vois Boujenah à la télé, je le trouve dégoulinant. Je préfère la tendresse d’un Jean-Pierre Bacri où on sent qu’elle est là mais pas portée en étendard ! Et puis l’amour ,qu’il soit filial ou autre, n’est pas un long fleuve tranquille. L’enfant, c’est aussi la complexité de la vie. Ces livres de jeunesse là peuvent exister mais je crois aussi qu’on fait les livres qui sont proches de nous.

L/É : Y a-t-il des auteurs jeunesse dont le travail vous touche plus particulièrement ?
R. :
Ils ne sont pas légion. Mais ceux qui me touchent, me touchent très haut. À trop les regarder d’ailleurs, j’arrêterais mon métier ! Comme le travail de Béatrice Alemagna, Jo singe garçon** ou le travail de Kitty Crowther dans la collection « Pastel » également. C’est tellement loin du livre jeunesse même si graphiquement, on peut sortir des influences. Mais ce qu’elle fait n’existait pas auparavant. Son livre Moi et rien est son chef d’œuvre, tant et si bien qu’elle n’aurait pu faire que celui-là !

L/É : Pour Je t’écris, vous signez textes et illustrations. Mais nombre de vos ouvrages sont signés en collaboration avec d’autres artistes. Comment cela se décide-t-il ?
R. :
C’est une histoire de rencontre oui. Tout simplement quand j’ai commencé, j’avais le désir de faire des livres mais je n’avais personne autour de moi qui pouvait prendre en charge cette partie-là. Donc j’ai bien été dans l’obligation de ! Quand j’ai écrit ma première véritable histoire, Toto, je me suis dit que je serai incapable de dessiner ça. C’est près de moi mais graphiquement, je ne me voyais pas le prendre en charge. Comme je connaissais plusieurs dessinateurs, je me suis mis à écrire, écrire, écrire. J’avais la naïveté de croire que je serais indispensable un jour ! Et surtout je voulais en vivre. Il y a des années je sortais huit ou neuf titres en travaillant avec plein de gens et puis dans le lot il y en avait au moins un qui décrochait la timbale !

L/É : Et aujourd’hui vous en vivez ?
R. :
Oui j’en vis mais je suis obligé de compléter avec des rencontres, des prix si on m’en donne. Pour mon éditeur, je fais des livres difficiles, des livres pour les professeurs et les bibliothécaires !

L/É : Oui, vos livres sont souvent mentionnés dans les documents pédagogiques… Avez-vous cela à l’esprit dorénavant quand vous débutez un projet ?
R. :
Pas du tout. Une fois par curiosité, j’ai lu quelque chose sur un livre décortiqué. Et bien je ne replongerai plus jamais les yeux là-dedans ! Mon vrai nom est Pascal Nottet, mes initiales donc c’est P et N. Et bien, on avait répertorié tous les personnages qui avaient les mêmes initiales que moi dans mes livres ! Avec le Père Noël, ça marche aussi ! J’avais lu quelque chose aussi sur la phrase « Je suis là » qui intervient de façon récurrente, dans un album sur trois, cette phrase-là, maintenant, je n’oserai plus l’écrire ! Je crois que c’est mieux d’être vierge de tout ça !

L/É : La majorité de vos ouvrages sont édités par l’École des Loisirs et depuis longtemps. Comme s’est fait cette rencontre ?
R. :
Oui, mon éditrice alors c’était Christiane Germain. J’aimais le travail d’un homme, Tomi Ungerer, l’auteur des Trois brigands. Et Tomi Ungerer étant à l’École des loisirs, je voulais être là ou il était. Au final, il était partout sauf là-bas parce qu’il n’avait jamais travaillé en direct pour L’École des loisirs. C’étaient des traductions. Christiane Germain m’a octroyé ou disons que j’ai pris un grand espace de liberté. À partir de ça, me sentant bien là-bas, j’ai eu peu d’infidélités.  Elle a fait naître les gens à ce qu’ils sont, à leur trait, à leur univers. Quand j’ai commencé à faire des livres, mon éditrice me disait : « Il y a beaucoup de sens caché ! Ce n’est pas vraiment du langage pour enfants ».  J’ai trois filles et elles ne babillent pas ! Alors pourquoi j’irais reprendre un langage dit pour enfants ? Si la richesse du langage ne se trouve pas dans les bouquins, où peut-on se l’accaparer alors ? Il ne s’agit pas de faire compliqué pour faire compliqué mais si c’est le mot juste, soit on le vire du dictionnaire parce qu’on en a plus besoin, soit on l’emploie !

L/É : Au théâtre du Champ Exquis, vous rencontrerez vos jeunes lecteurs. Que retirez-vous de ces moments ?
R. :
Il faut quand même en faire avec parcimonie parce qu’ensuite c’est vampirisé. À mon travail d’auteur, cela n’apporte rien. À ma vie d’homme oui.

Propos recueillis par Nathalie Colleville

Retrouvez cet entretien dans la revue du CRL livre/échange, n°54.

* Paru à L’École des loisirs dans la collection « Mouche ».
** Chez Autrement jeunesse.

Rencontre avec Rascal le mardi 5 avril à 20h30 au Théâtre du Champ Exquis à Blainville-sur-Orne, animée par Gilles Moreau et ponctuée par des lectures, en partenariat avec la librairie Le Cheval Crayon.
Atelier rencontre avec les enfants, animé par Rascal pour la réalisation de la couverture du CD/DVD réalisé en ateliers, le 6 avril.
Exposition d’un choix d’illustrations originales de Rascal au Théâtre du Champ Exquis.
Lectures de poches à partir des livres de Rascal, le 6 avril à 14h et 18h au Théâtre du Champ Exquis, suivies d’une dédicace de l’auteur.

Festival Ribambelle. Semaine exquise du 4 au 6 avril. Théâtre du Champ Exquis, Blainville-sur-Orne. Rens. au 02 31 44 08 44. www.champexquis.com
La Semaine exquise bénéficie du soutien du Centre régional des Lettres de Basse-Normandie.

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