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Alain Goulet : “Les nourritures terrestres” d’André Gide

3 septembre 2014.

Le Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie fête ses 20 ans en 2014 et a lancé à cette occasion l’opération “Le livre de vos 20 ans”. Chaque jour, découvrez le livre qui a marqué l’esprit des professionnels du livre, des partenaires ou des simples amoureux de littérature qui gravitent autour du CRL…

Alain GOULET
Auteur et professeur émérite de littérature française
à l’Université de Caen Basse-Normandie
Les nourritures terrestres, d’André Gide (1897)

“Le livre de mes vingt ans, je pense l’avoir découvert à dix-sept, lorsque Les Nourritures terrestres de Gide sont entrées en moi pour me marquer à jamais. Sans doute était-ce le bon âge pour le lire, et de fait, ses amicales exhortations et ses coulées poétiques me pénétraient droit au cœur, m’interpellaient, me faisaient parfois frémir. Cet hymne à la vie et à tout ce qu’elle peut nous offrir m’enchantait, et je me sentais convoqué à prendre en main mon existence et à faire de moi « le plus irremplaçable des êtres ».
Ce livre m’a nourri et m’a accompagné toute ma vie. Ce n’est pas par hasard si j’ai écrit mon mémoire de DES sur Les Débuts littéraires d’André Gide, suivant les premiers pas de l’écrivain jusqu’aux Nourritures terrestres précisément. Puis, pour mon doctorat, j’ai étudié La Vie sociale dans l’œuvre d’André Gide, et c’est ainsi que je suis devenu gidien, appelé successivement par ma lecture de La Porte étroite à quatorze ans, suivie de celle des Nourritures terrestres à dix-sept… Gide, un grand moraliste et un grand-maître, qui s’enrichit toujours à chaque nouvelle lecture qu’on en fait !”

Nathanaël, je te parlerai des attentes. J’ai vu la plaine, pendant l’été, attendre ; attendre un peu de pluie. La poussière des routes était devenue trop légère et chaque souffle la soulevait. Ce n’était même plus un désir ; c’était une appréhension. La terre se gerçait de sécheresse comme pour plus d’accueil de l’eau. Les parfums des fleurs de la lande devenaient presque intolérables. Sous le soleil tout se pâmait. Nous allions chaque après-midi nous reposer sous la terrasse, abrités un peu de l’extraordinaire éclat du jour. C’était le temps où les arbres à cônes, chargés de pollen, agitent aisément leurs branches pour répandre au loin leur fécondation. Le ciel s’était chargé d’orage et toute la nature attendait. L’instant était d’une solennité trop oppressante, car tous les oiseaux s’étaient tus. Il monta de la terre un souffle si brûlant que l’on sentit tout défaillir ; le pollen des conifères sortit comme une fumée d’or des branches. — Puis il plut.

J’ai vu le ciel frémir de l’attente de l’aube. Une à une les étoiles se fanaient. Les prés étaient inondés de rosée ; l’air n’avait que des caresses glaciales. Il sembla quelque temps que l’indistincte vie voulût s’attarder au sommeil, et ma tête encore lassée s’emplissait de torpeur. Je montai jusqu’à la lisière du bois ; je m’assis ; chaque bête reprit son travail et sa joie dans la certitude que le jour va venir, et le mystère de la vie recommença de s’ébruiter par chaque échancrure des feuilles. — Puis le jour vint.

J’ai vu d’autres aurores encore. — J’ai vu l’attente de la nuit…

Nathanaël, que chaque attente, en toi, ne soit même pas un désir, mais simplement une disposition à l’accueil. Attends tout ce qui vient à toi ; mais ne désire que ce qui vient à toi. Ne désire que ce que tu as. Comprends qu’à chaque instant du jour tu peux posséder Dieu dans sa totalité. Que ton désir soit de l’amour, et que ta possession soit amoureuse. Car qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas efficace ?

(in André Gide, Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2009, t. I, p. 358-9).

Retrouvez l’ensemble des contributions à l’opération “Le livre de vos 20 ans”.

 

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