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Histoire de Bulles – Jean-Blaise Djian

Histoire de Bulles - Jean-Blaise Djian

 

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Entretien avec Éric Eydoux

28 octobre 2010.

Eric Eydoux

Auteur d’une remarquable et incontournable Histoire de la littérature norvégienne, Éric Eydoux a signé trois traductions cette année : Les Filles du préfet de Camilla Collett (1813-1895), inédit en français jusqu’à cette année ; Au-delà des forces, deux pièces de théâtre du Prix Nobel Bjørnstjerne Bjørnson (1832-1910) ; et l’imposante biographie signée Ingar Sletten Kolloen sur le Prix Nobel Knut Hamsun (1859-1952). Nourrie d’archives inédites, celle-ci donne aussi à voir les coulisses du milieu littéraire d’alors, le fonctionnement de l’édition et l’essor inexorable du nazisme dans l’Allemagne d’avant-guerre. Trois ouvrages très différents (roman, théâtre, biographie) qui reviennent néanmoins sur trois grands écrivains norvégiens dont le dénominateur commun fut d’avoir lancé des débats et ouvert de nouveaux horizons à la Norvège littéraire. Trois auteurs dont la vie et l’œuvre résonnent et s’enchevêtrent intimement.

L/É : Cette monumentale biographie signée Ingar Sletten Kolloen et publiée par Gaïa en France, a-t-elle été l’occasion de redécouvrir Hamsun pour les Norvégiens ?
É . E. :
Oui c’est l’occasion de redécouvrir Hamsun. Il faut savoir qu’en Norvège, de nombreuses municipalités refusent encore d’avoir une rue Hamsun. Mais il y a aujourd’hui un intérêt nouveau. Les autorités ont manipulé les archives : à l’époque, elles avaient déclaré que les facultés intellectuelles de Hamsun étaient diminuées. Cependant, paradoxalement, elles l’ont déclaré pro nazi, l’obligeant à payer une lourde dette. Les autorités se sont sorties de cette affaire par une côte mal taillée si je puis dire. Au final, Hamsun n’avait publié qu’une quinzaine d’articles sur son engagement nazi.

L/ É : Le travail d’ Ingar Sletten Kolloen donne à voir également de l’intérieur les coulisses du régime hitlérien, sa montée en puissance, son fonctionnement, l’entourage du dictateur.
É . E. :
C’est l’un des aspects intéressants de la biographie d’Ingar Sletten Kolloen. On ne savait pas que Hamsun était familier de la famille d’Hitler. Ses enfants se sont également engagés dans les mouvements nazis. Mais Hamsun est aussi intervenu en faveur de gens condamnés. Il a reçu beaucoup de demandes. Il faut aussi souligner qu’il a tenu tête à Hitler lorsqu’il l’a rencontré.

L/ É : Auteur prolixe, Hamsun était néanmoins très antipathique ! Extrêmement opiniâtre et autoritaire avec son épouse, ses enfants. Est-il aisé de travailler à la biographie d’un tel homme ?
É . E. :
On peut l’absoudre parce qu’il travaillait énormément. Quant à savoir s’il faut aimer celui ou celle dont on écrit ou traduit la biographie, c’est difficile de répondre. Finalement, ce travail de traduction de la biographie écrite par Kolloen s’est avéré stimulant et j’avais plutôt envie de poursuivre les investigations.

L/ É : En quoi Knut Hamsun a-t-il été novateur ?
É . E. :
Knut Hamsun a marqué une étape importante avec l’entrée dans le néo-romantisme. Avec Ibsen, il est le principal pilier de la pensée moderne. Le romantisme commençait alors à s’effriter. Il s’agissait pour lui d’en finir avec les écrits de boutique, ce qu’il voulait c’était écrire sur l’homme, sur les cheminements de l’esprit. Après avoir publié des écrits très populaires, Bjørnstjerne Bjørnson s’intéressera aussi aux problèmes de société. Le héros de la première pièce intitulée Au-delà des forces est un pasteur qui croit au pouvoir salvateur de la religion. Grâce à elle, il pense pouvoir sauver sa femme malade. Tous les deux finissent par mourir. Le message de Bjørnstjerne Bjørnson alors, c’est de ne pas recourir aux forces de l’au-delà. Il avait lu les travaux de Charcot à l’époque.

L/ É : Prix Nobel comme Knut Hamsun, Bjørnstjerne Bjørnson n’aura cependant pas la même postérité. Comment expliquer cela ?
É . E. :
De son temps, Bjørnstjerne Bjørnson était un héros, aussi connu qu’Ibsen. En France, on jouait ses pièces. Il s’était beaucoup intéressé aux affaires françaises d’alors. Il s’intéressait à la lutte des classes. C’est lui l’auteur du chant patriotique norvégien. Très cabotin, Bjørnstjerne Bjørnson était une sort de BHL donnant son avis sur tout et partout ! Il a travaillé davantage pour la galerie que la postérité.

L/ É : Quant à Camilla Collett, elle n’a signé qu’un seul roman et pourtant les Norvégiens la connaissent et lui rendent encore hommage aujourd’hui ?
É . E. :
J’ai redécouvert Camilla Collett à l’occasion de cette traduction. Son roman Les Filles du préfet, paru en 1856-1857, mélange les genres : romantisme et roman à thèse. Finalement, elle a sorti la Norvège de son romantisme national et nombriliste, d’une littérature populaire paysanne, s’appuyant encore sur des légendes. Elle introduit la littérature à thèse. Camilla Collett ne porte pas de revendication sociale. Il s’agit plutôt d’une sorte de revendication sentimentale. En Norvège, Camilla Collett est considérée comme une pionnière, une ancêtre du féminisme. Des auteurs comme Ibsen, lui ont rendu hommage.

L/ É : Pourtant elle ne fut jamais traduite en français jusqu’à cette année ?
É . E. :
On a commencé à s’intéresser à la littérature norvégienne que dans les années 1890. Les livres n’étaient traduits qu’en fonction des coups de cœurs des traducteurs. La traduction des Filles du préfet, fut un effort stylistique très stimulant. Il fut le plus exigeant des trois. Même si le traducteur se heurte toujours à la même question : jusqu’où faut-il aller ?

Propos recueillis par Nathalie Colleville

Les Filles du préfet, Camilla Collett («  Les Classiques du Monde », Éditions Zoé, 2010)
Au-delà des forces I et II, Bjørnstjerne Bjørnson, (Les Belles Lettres, 2010)
Knut Hamsun rêveur et conquérant, Ingar Sletten Kolloen (Gaïa, 2010)

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